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Paul Uly, compositeur :
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"Lorsque
se présenta l'éventualité d'enregistrer un
disque CD consacré à Alex De Taeye, André Vandernoot,
que j'avais l'honneur d'assister, commença par pincer le
nez, remonta ses lunettes, redressa la mèche rebelle et m'avoua
ne pas bien connaître ce compositeur. Il me quitta, les épaules
basses, muni de quelques partitions.
Quelques jours plus tard,
c'est un Vandernoot à l'oeil pétillant qui me revenait
et qui réclamait instamment une date d'enregistrement proche
: il avait découvert une musique claire, orchestrée
magistralement, construite solidement sur des bases post-romantiques.
Certes, il ne s'agit pas d'une oeuvre révolutionnaire mais,
avec le temps, importe-t-il d'avoir été en pointe
? N'est-ce-pas plutôt la vérité d'un message
bien dit qui importe ? C'est ainsi que l'orchestre symphonique de
la RTBF enregistra, sous la direction du maître Vandernoot,
ces Esquisses symphoniques qui nous portent, depuis un thème
élégiaque, vers un climat passionné, puis vers
une atmosphère de profonde nostalgie, enfin vers un final
vibrant.
Viennent ensuite la suite
Les croix de bois, oeuvre inspirée par l'horreur de la guerre
1914 - 1918. Alex De Taeye avait seize ans au début de ce
premier conflit mondial qui a marqué dramatiquement à
vie tous ceux qui l'ont vécu. Veille, La bataille et Dans
la morne paix du soir tombant en témoignent.
Le CD permet d'apprécier
le talent de chambriste du compositeur, en écoutant le Trio
à clavier en ut mineur qui affirme plus que jamais la filiation
franckiste et la veine mélodique d'Alex De Taeye.
Enfin, puisque le minutage
d'un CD le permettait, on a ajouté un document d'archives
intéressant : l'enregistrement par Julien Ghyoros et l'Orchestre
Philharmonique de Liège des Mouvements symphoniques : lyrisme
et maîtrise de la sonorité pleine de l'orchestre; du
bel ouvrage."
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A côté
de ces grandes oeuvres symphoniques, il est curieux d'épingler
le parcours de petites oeuvres instrumentalistes de grande jeunesse
telle sa fameuse Humoresque
pour violon et piano (écrite à dix-sept ans) qui
connut une carrière sans précédent, enregistrée,
depuis le disque noir par Alfred Dubois et Carlo Van Neste, reprise
en CD, aux Etats-Unis, par Paul Rosenthal et Itzhak Perlman.
Mais la formation d'organiste d'Alex
De Taeye devait, tout naturellement, le conduire à l'écriture
pianistique. Citons, ici et parmi tant d'autres, sa grand sonate,
une Sonatine,
plusieurs pièces pour piano dont Caprice
romantique (1927) et Scherzo
con Brio, dédié
à André Dumortier lors de son prix Eugène
Ysaye en 1938.
André Dumortier en fait cette
analyse : "Le Scherzo
con Brio pour
piano témoigne d'une grande délicatesse de sensibilité
et d'esprit. L'oeuvre s'ouvre sur le ton léger de la badinerie
qui annonce le Scherzo d'une virtuosité qui requiert un
délié et expressif ainsi que le respect de la finesse
harmonique."
Citons encore : Trois
pièces pour piano à quatre mains
(1947-1943), les préludes Soliture,
Près
d'un berceau et Sonatille
(1950).
En musique de chambre, la pièce
maitresse est le Trio
à clavier en ut mineur.
De nombreux Trios constitués,
belge, français et américain, l'ont en répertoire
: le Trio à clavier de Belgique l'a gravé en 1990.
Fernand Leclercq,
trop tôt disparu, en fait cette analyse remarquable : "Le
Trio à clavier en ut mineur date de 1941. Il laisse une
foisonnante liberté mélodique au violon et au violoncelle
et confère au piano un rôle quasi concertant. L'oeuvre
d'une facture classique, s'abreuve à la tradition de l'école
belge, celle issue de Franck et Lekeu. Elle se découpe
en trois mouvements : un allegro de forme sonate aux éléments
thématiques vigoureusement dessinés, un grave, molto
sostenuto ed espressivo d'un puissant lyrisme et un allegro giocoso
dans le caractère primesautier du rondo."
Alex De Taeye s'intéresse à
la mélodie et s'inspire des poètes contemporains
tels que Henri Carlton de Wiart, Camille Libotte, Charles Plisnier,
André Van Hasselt, Lisa Chastelet, Adolphe Hardy.
Notons, en outre, des pièces
pour violoncelle, orgue, flûte, hautbois, clarinette, etc.
Alex De Taeye, comme beaucoup de compositeurs
de son époque, écrit, vers les années vingt,
un important répertoire pour le cinéma muet. Ces
petites fresques, courtes, imagées, adaptées à
une pellicule alors muette, serraient de près le déroulement
de l'action, sa trame et son intrigue.
Outre l'Orchestre du Conservatoire,
il dirige le grand Orchestre symphonique de l'INR et l'Orchestre
National de Belgique, il invite des solistes prestigieux : Arthur
Degreef, Jacques Thibaut, Maurice Maréchal, Arthur Grumiaux.
Lors de son dernier concert,
le 16 février 1952, il conduit l'Orchestre National et accompagne
Giulia Bardi, du Metropolitan Opera de New York. Il dirige l'ouverture
du Tannhäuser (De Taeye avait une admiration profonde pour
Wagner). La grande salle du nouveau théâtre de Mons
est archicomble et le succès retentissant.
Il est un homme heureux,
il a atteint ses objectifs.
Et pourtant, curieuse prémonition,
il a dit à sa fille, le soir même du concert : "Je
vais te dicter les premières notes de ma marche funèbre...je
sens qu'il va falloir y penser." Le lendemain matin, il est
à nouveau à Frameries pour sa répétition
dominicale avec sa chère Harmonie et pour un ultime rendez-vous.
Il est presque revenu y mourir. La boucle est refermée, il
s'éteint le soir même. Nous sommes le 17 février
1952, il a cinquante-trois ans.
Donnons la parole à
René Leclercq, échevin de l'instruction publique et
principal acteur de sa nomination à Mons en 1931, en outre
maître de stage de Jean De Taeye, au barreau de Mons :
"On a dit de Alex
De Taeye qu'il avait servi la musique comme compositeur, comme créateur,
comme pédagogue, comme organisateur. Cette phrase donne exactement
la synthèse de son effort et est illustrée par tous
les instants de la vie.
La ville de Mons conservera
le souvenir du grand musicien qui lui a donné pendant si
longtemps le meilleur de lui-même."
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