Alex De Taeye

L'étudiant prometteur

 

Alex De Taeye est né à Bruxelles, le 23 octobre 1898.

Très jeune, il est admis comme élève régulier au Conservatoire royal de Musique de Bruxelles dirigé, entre 1908 et 1912, par Edgard Tinet.

C'est l'époque où l'on entrait très jeune dans les conservatoires, une fois l'instruction primaire terminée. Les élèves bénéficiaient ainsi d'une solide formation qui avait le temps de mûrir au fil des années et de s'enrichir au contact des condisciples plus âgés ainsi que de nombreuses personnalités musicales que l'on y côtoyait.

En premier cycle, Alex De Taeye a suivi les cours de Solfège, de piano et d'harmonie pratique. Ensuite, sous le directorat de Léon Dubois, de 1912 à 1925, il est admis à fréquenter les classes d'orgue, d'harmonie écrite, de contrepoint et de fugue.

Il travaille également la composition avec Paul Gilson, cet éminent pédagogue et formateur de tant de talents de l'époque.

Au terme de sa formation, Alex de Taeye obtient ainsi plusieurs premiers prix : solfège (1912), orgue (1915), harmonie écrite (1917), harmonie pratique (1918), contrepoint (1918) et fugue (1920).

Très tôt remarqué pour ses aptitudes musicales, il ne tarde pas à remporter de nombreux prix de composition :
  • à Bruxelles, le prix Agniez et celui du Cercle Tinel, consacré à la musique religieuse
  • à Anvers, le prix de la Société Royale d'Harmonie
  • à Paris, le prix Salabert et la médaille d'or du Salon des musiciens français
  • à Tours, le prix d'honneur des concours fédéraux de la Touraine
  • à Londres, le prix Hawkes
  • à Luxembourg, le prix UGDA (Union du Grand-Duc Adolphe)

 

Ce parcours est couronné par un Premier Grand Prix de Rome, prestigieux concours institué par le gouvernement belge en 1841, mais qui, hélas, n'est plus attribué depuis 1973.

Ce prix était réservé aux jeunes compositeurs de moins de trente ans. Le concours en lui-même comportait une épreuve préliminaire en loge, consistant en l'écriture d'une fugue et d'un choeur avec accompagnement d'orchestre. Ensuite, les candidats retenus étaient astreints à composer une vaste fresque dramatique sous forme de cantate, sur un livret imposé. Ils devaient ensuite organiser les répétitions avec orchestre et chanteurs, pour diriger enfin leur oeuvre personnellement dans la grande salle du Palais des Académies.

Alex De Taeye y composa Le Rossignol, cantate en deux tableaux pour récitante, soli, choeur et orchestre.

 

 

 

 

 

Alex De Taeye reçut le Premier Prix de Rome à la session de 1927, Joseph Jongen était président du jury. Michel Stockhem, professeur au Conservatoire royal de Bruxelles, nous en retrace les grandes lignes.

 

"La Belgique du XIX° siècle calquait de nombreux contours de sa vie culturelle sur Paris, en se ménageant toutefois une spécificité réelle par une meilleure écoute des messages venus du Nord et de l'Est. Le lyrique y fut un peu moins despotique, la symphonie, la musique de chambre davantage priséees. Beethoven mis sur un piedestal souvent plus élevé que Rossini. De plus la jeune nation n'avait pas de pied-à-terre en Italie : l'Académie belge de Rome ne fut créée que bien après la première guerre mondiale.

En conséquence, le réglement du Prix de Rome belge, institué en 1840 par arrêté royal, refléta, et fort intelligemment, cette "croisée des chemins" : un Premier Grand Prix se voyait octroyer une bourse destinée à financer un séjour d'études dans trois pays : la France, l'Italie et l'Allemagne. Pour le reste, le réglement était fort semblable aux dispositions françaises, même si le ministre (à l'époque, chargé conjointement de la Culture et de l'Agriculture, parmi d'autres prérogatives) se gardait la liberté de choisir une moitié du jury en dehors de l'Académie royale.

Retrouvera-t-on, un jour une période de cohérence stylistique qui autorisait la refondation d'un concours de ce type dans nos pays ? Il est permis d'en douter. Les temps, malgré le balancier de l'histoire, ont changé. La transmission d'un savoir, de la part d'une génération fixée dans le temps, l'espace et l'esthétique qui leur est liée, à une autre génération semblablement déterminée, avec la possibilité, pour la première, de juger sainement et irréfutablement la seconde, semble être, aujourd'hui, une vue de l'esprit.

Le prix de Rome appartient à l'histoire; mais malgré ses avatars, il a su en écrire, dans l'ensemble, une page intéressante et parfois passionnante. La recrudescence d'intérêt pour les cantates de concours, autrefois si décriées, n'en est qu'un des témoignages; et sans doute, beaucoup de ces compositeurs un jour élus par leur pairs subiront-ils un examen plus attentif que celui qui leur a été habituellement réservé."

 

 

 

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